essieurs les commanditaires,Comme vous avez pu le constater, mon contrat a été rempli scrupuleusement. J’ai visé Benazir Bhutto à la tête, avant de déclencher ma ceinture d’explosifs. Ainsi, au lieu de retourner l’arme contre moi, j’ai fait, selon votre souhait, le maximum de morts et de blessés.Mais c’est ensuite que les choses se sont gâtées. Vous m’aviez promis monts et merveilles dans l’au-delà, toutes les félicités. Arrivé à la porte du paradis, j’ai fait valoir mon statut de martyr. Figurez-vous qu’on m’a traité d’assassin ! Et, qui plus est, d’imbécile ! “Comment avez-vous pu croire à de telles balivernes ?”, s’est exclamé avec fureur l’un des anges présents. Il paraît que le Très-Haut n’a jamais ordonné à quiconque de commettre un bain de sang. Messieurs les commanditaires, il n’est question ici que d’amour, de respect et de compassion. M’auriez-vous par hasard poussé au carnage et au suicide par simple cynisme politique ? Ou seriez-vous réellement des imbéciles, vous aussi ? “Des assassins, des cyniques, des imbéciles et des lâches”, comme l’ange l’a dit ?Robert Solé
Article paru dans l’édition du Monde du 29.12.07.